Toujours est-il qu’il est devenu difficile de défendre un point de vue modéré au sujet de l’IA. Les techno-critiques, presque aussi millénaristes que les techbros, oscillent entre imprécations à la moindre mention de cette technologie, fierté mal placée dans le fait de refuser d’y toucher ou de s’intéresser à ses usages possibles et déni du fait qu’elle est là pour longtemps. Tandis que la religion de la tech délire sur la Singularité, celle de l’anti-tech attend le Grand Krach qui chassera les méchants du Paradis terrestre (au point de rendre viral n’importe quel fake grossier qui va dans son sens, ce que les producteurs de ragebait ont bien compris). Oui, le krach aura lieu. Il ne fait aucun doute que la course absurde dans laquelle les géants de la tech se sont lancés, prêts à tout pour nous forcer à utiliser l’IA en permanence pour tout et n’importe quoi dans l’espoir de maintenir la bulle à flots, va très mal finir. Mais on l’a dit, penser que le krach emportera l’IA avec lui est à peu près aussi absurde que de penser que la lettre manuscrite allait à nouveau détrôner l’e-mail après l’explosion de la bulle dotcom, d’autant que des alternatives aux LLM géants commencent à arriver. Pour avoir récemment parlé à des ingénieurs, un chercheur et un avocat qui l’utilisent plutôt intelligemment, je suis certain d’une chose : l’IA, y compris générative, est destinée à faire partie de nos vies. Aussi, plutôt que nous répéter que « ce n’est qu’une anomalie temporaire, il suffit d’attendre » ou de penser qu’il « n’y a qu’à bully les gens qui l’utilisent » (stratégies proposées cette semaine, la deuxième étant particulièrement efficace puisqu’elle a pour seule conséquence de pousser les gens à utiliser l’IA en cachette), peut-être ferions-nous mieux de nous demander comment faire en sorte que l’IA soit à notre service et non pas nous au sien.
Encore un bon édito du Pavé Numérique. Je trouve aussi qu'on devrait pouvoir se poser des questions sur le discours anti-IA.
Pas pour le discréditer (qui a des actifs dans des boîtes IA dans les gens que je suis/qui me suivent ? j'espère personne), mais parce qu'on progresse en l'interrogeant.