Texte de la tribune : Le 16 décembre, la radio Europe 1, désormais propriété de Vincent Bolloré, publiait cinq articles mettant en scène des «révélations» autour d'une conversation présentée comme «secrète» et s'étant tenue la veille dans un café du XIVe arrondissement entre Thomas Legrand, éditorialiste à Libération et ancien producteur à France Inter, et Laurence Bloch, ancienne directrice de France Inter. Le 15 janvier, la cellule investigation de Radio France révélait qu'un journaliste d'Europe 1 avait lui-même enregistré cette conversation après que son supérieur, Louis de Raguenel, le lui en avait donné l'ordre dans une conversation WhatsApp. Les règles de base de la déontologie journalistique imposent de n'enregistrer des personnes à leur insu que si cela permet de rendre publiques des informations d'intérêt général impossibles à obtenir autrement. "L’élément déterminant, lors de la mise en balance de la protection de la vie privée et de la liberté d’expression, doit résider dans la contribution que les photos et articles publiés apportent au débat d’intérêt général", soulignait la Cour européenne des droits de l'homme en 2004. Qu'ont apporté les «exclus» d'Europe 1 issues de cette grave intrusion dans la vie privée de deux journalistes ? De la confusion bien davantage que de l'information, les propos relatés ayant été tronqués et tordus. Que les choses soient claires : l'enregistrement et la diffusion d'une partie de ces propos ne relève pas d'une démarche journalistique, mais d'une opération d'espionnage. Les articles et commentaires qui ont été diffusés à cette occasion servent non pas l'intérêt général, comme doit le faire une production journalistique, mais un intérêt particulier : celui d'un groupe médiatique en guerre contre le service public de l'audiovisuel.
Suite du texte et signataires : Nous ne défendons pas une confraternité absolue à laquelle devraient se soumettre tous les journalistes, quelles que soient leurs pratiques. Ici, une frontière a été franchie entre le travail journalistique et les coups bas politiques. Avec, en toile de fond, la mise au pas d'entreprises médiatiques au service d'un combat propagandiste d'extrême droite. Les sociétés de journalistes signataires de ce texte refusent de banaliser ces méthodes qui bafouent tous les principes d'un journalisme digne de ce nom. La SDJ de Radio France et la Société des journalistes et du personnel de Libération (SJPL) sont à l'initiative de ce texte. Sociétés signataires : La SDJ de France 24 La SDJ de Radio France Internationale La SDJ de France TV rédaction nationale La SDJ de franceinfo numérique La SDJ de France TV Sport La SDJ de France 3 rédaction nationale La SDJ de ARTE La SDJ de Public Sénat La SDJ de BFM TV La SDJ de BFM Business La SDJ de RMC La SDJ de LCI La SDJ de Sept à Huit La Société des rédacteurs du Monde La SDJ de Mediapart La SDR du Nouvel Obs La SDJ de l'AFP La SDJ des Echos La SDJ du Télégramme La SDJ du Parisien La SDJ de l’Informé La SDP de l'Humanité La SDJ de l'Express la SDJ de La Tribune La SDJ de Télérama
Espionnage de Thomas Legrand et Laurence Bloch : «Une frontière franchie entre le travail journalistique et les coups bas politiques»
Tribune signée par les SDJ de 27 médias
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