Paysages voraces Guillaume Aubin
Spéculative dystopie pour interroger nos représentations, et leurs dominations, genrées, Paysagesvoraces réfléchit aussi sur nos liens avec une nature ici divinisée, dont la crainte induit une détonante dépendance à une toxique préservation de sa dévoration, et nous invite à penser l’aliénation religieuse, à sa haine des sciences sociales, de tout savoir émancipateur. Dans une prose parfois un rien explicative, démonstrative, mais où la saine colère, la critique presque militante, prend grâce à la fiction une forme de questionnement, quasi anthropologique, sans réponse, Guillaume Aubin propose, fragile et réprimée, savante et sceptique, une existence possible seulement dans la contestation, la comparaison, la potentialité de, toujours, rêver un monde autre.
Paysages voraces Guillaume Aubin
Spéculative dystopie pour interroger nos représentations, et leurs dominations, genrées, Paysagesvoraces réfléchit aussi sur nos liens avec une nature ici divinisée, dont la crainte induit une détonante dépendance à une toxique préservation de sa dévoration, et…
13.02.2026 08:04 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
La berlue identitaire Frédéric Schiffter
De l’illusion d’une intérieure identité ou, pire encore, d’une appartenance nationale à laquelle soumettre nos aveuglements. Dans une prose à l’incisive élégance, dans une pose d’un inactuel honnête homme, dans un dandysme ennuyé, Frédéric Schiffter réfléchit sur les asservissements d’une perception de Soi unifiée, idiotement nationaliste, aliénée pour nous proposer de jolies lectures, notamment de Montaigne. Bref essai, La berlue identitaire interroge les identifications à tout récit.
La berlue identitaire Frédéric Schiffter
De l’illusion d’une intérieure identité ou, pire encore, d’une appartenance nationale à laquelle soumettre nos aveuglements. Dans une prose à l’incisive élégance, dans une pose d’un inactuel honnête homme, dans un dandysme ennuyé, Frédéric Schiffter…
11.02.2026 09:46 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Les enfants de la forêt aux rennes Kristín Όmarsdóttir
Les dépressions des adultes et l’enfance qui, dans ses jeux, sa langue, ses inventions et sa lucidité « retardée » sur une guerre dont on entend l’isolement, l’absurdité, et les rengaines que l’on y oppose tels de risibles, déchirants, mantras métaphysiques. Dans sa cocasserie, dans la douleur qu’elle tait, par les ludiques inventions, les récits et attitudes de Billie, sa jeune protagoniste, Les enfants de la forêt aux rennes nous entraîne dans une fantaisie guerrière, dans une réflexion sur les pulsions qui nous parasitent, les folies qui nous hantent et surtout cette mélancolie qui nous détruit hors les secours par lesquels, obstinément, les vies vécues dans leur fiction se soustraient. On est assez charmé par la prose rieuse de Kristín Όmarsdóttir. Son amusement devant la fragile simplicité de cette sagesse meurtrière où ses personnages peuvent à peine se réfugier réserve une belle inquiétude, une nécessité à la partager dans la maladresse et l’enthousiasme.
Les enfants de la forêt aux rennes Kristín Όmarsdóttir
Les dépressions des adultes et l’enfance qui, dans ses jeux, sa langue, ses inventions et sa lucidité « retardée » sur une guerre dont on entend l’isolement, l’absurdité, et les rengaines que l’on y oppose tels de risibles, déchirants, mantras…
10.02.2026 08:10 — 👍 1 🔁 0 💬 0 📌 0
Nos héritages Anna Hope
La pluralité de ce dont on hérite : une histoire, un domaine, des traumatismes et des culpabilités, des désirs de changements et de préservation. Sous la forme d’un roman à thèse chorale, dans un récit où se succèdent pour mieux s’affronter les points de vue de chacun sur la mort du patriarche, Anna Hope offre une assez fine réflexion sur l’écologie, la propriété privée, l’usurpation de tous les nobles domaines anglais et la manière dont on pourrait, peut-être composer avec ce passé, patriarcal, hanté par la violence des pulsions, la persévérance des dominations. Radioscopie, comme on dit, d’une société anglaise contemporaine, Nos héritages se révèle un joli, entraînant, roman sur les ambivalences de toute émancipation tant il en montre l’effondrement de leur égoïsme.
Nos héritages Anna Hope
La pluralité de ce dont on hérite : une histoire, un domaine, des traumatismes et des culpabilités, des désirs de changements et de préservation. Sous la forme d’un roman à thèse chorale, dans un récit où se succèdent pour mieux s’affronter les points de vue de chacun sur…
09.02.2026 07:32 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Ma vie d’Edgar Dominique Fabre
Entendre l’enfance dans ses manques, dans l’attentive écoute de ce qu’elle ne dit pas, dans cette vie du personnage qui, par son handicap, perçoit avec une acuité différente ce qui l’entoure, la misère et l’isolement de sa mère qui, en filigrane, laisse deviner la réprobation morale, la sauvage éducation de ces gosses rejetés. Avec la douce tendresse d’une écriture équilibriste, attentive et sonore, au plus près des perceptions éparpillées de son protagoniste, Dominique Fabre signe un rieur roman d’éducation saturé de signifiants silences, de souffrances tues, de feintes acceptations dans la lucidité de l’idiotie. Dans sa délicatesse même, dans son humour, Ma vie d’Edgar se révèle une attentive réinvention des charmes vénéneux de l’enfance.
Ma vie d’Edgar Dominique Fabre
Entendre l’enfance dans ses manques, dans l’attentive écoute de ce qu’elle ne dit pas, dans cette vie du personnage qui, par son handicap, perçoit avec une acuité différente ce qui l’entoure, la misère et l’isolement de sa mère qui, en filigrane, laisse deviner la…
04.02.2026 09:41 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Bleus, blancs, rouges Benjamin Dierstein
1979 : la fin d’une décennie qui culmine dans les magouilles, les infiltrations, le grand-banditisme, la lutte armée des groupuscules de gauches, une crasse masculinité toxique, une police quelque part entre la barbouzerie et les calculs médiatiques et politiques. Entre le SAC, Action Directe, Bokassa et les diamants de Giscard, Kadhafi, les luttes palestiniennes et Mesrine, Benjamin Dierstein tisse, avec une grande pédagogie, notre triste histoire de France et la déroule avec un joli sens du suspens. Bleus, blancs, rouges entremêle l’histoire de deux jeunes flics — Paoloni, corse, proche des milices policières d’extrême droite et Jacqueline Lienard qui tente de trouver sa place – avec celle de Vauthier, un mercenaire qui grenouille entre pouvoir et monde de la nuit. Tout ce joli monde hantera les milieux de gauche, leur tentation terroriste et leur lien avec le crime organisé, tous cherchent le mystérieux Geronimo dans cet intéressant roman historique.
Bleus, blancs, rouges Benjamin Dierstein
1979 : la fin d’une décennie qui culmine dans les magouilles, les infiltrations, le grand-banditisme, la lutte armée des groupuscules de gauches, une crasse masculinité toxique, une police quelque part entre la barbouzerie et les calculs médiatiques et…
03.02.2026 08:06 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Plan B Chester Himes
Les impasses de la colère, de la violence de la ségrégation raciale aux États-Unis et de sa sauvage répression quand les Noirs décident de s’armer, de tuer dans une vengeance aveugle, entendable. Plus dystopie, théorie presque et exploration politique d’une virtualité, que roman noir tantPlan B,ce dernier épisode, inachevé, des aventures d’Ed Cercueil et Fossoyeur Jones ne les voit que fort brièvement apparaître au profit d’un récit échevelé, salace et cru, proche de l’hallucination parfois dans le bain de sang où il emporte le lecteur pour mieux déconstruire le racisme et ses stéréotypes et faire exploser, avec tripes et cervelles, les bonnes consciences et autres douteux fantasmes. Chester Himes montre ici une lucidité désespérée, une tranchante verve comique et une irradiante inquiétude aux moments où les revendications des Afro-Américains éprouvaient le vertige de la lutte armée.
Plan B Chester Himes
Les impasses de la colère, de la violence de la ségrégation raciale aux États-Unis et de sa sauvage répression quand les Noirs décident de s’armer, de tuer dans une vengeance aveugle, entendable. Plus dystopie, théorie presque et exploration politique d’une virtualité, que…
30.01.2026 07:45 — 👍 1 🔁 1 💬 0 📌 0
Le Zoo, une sortie J.A Tyler
Les souffrances du langage chez un gamin qui, lors d’une excursion familiale au zoo, discerne mal ce qu’il pense et ce qu’il dit, ce qu’il entend et ce qu’il aurait voulu entendre, les silences et violences d’une famille ordinairement brisée. Dans de très courts chapitres condensés correspondant à une captivité animale effleurée, à une transparence ressentie, J.A Tyler entremêle habilement, par de profonds non-dits, les souvenirs et les monologues, les paroles blessantes et celle que cet enfant, dans un rire un peu forcé, y oppose. Le zoo, une sortie se révèle une évocation sensible de l’enfance, une langagière révélation de ses banales humiliations, des douleurs qu’elles ne parviennent pas à dire.
Le Zoo, une sortie J.A Tyler
Les souffrances du langage chez un gamin qui, lors d’une excursion familiale au zoo, discerne mal ce qu’il pense et ce qu’il dit, ce qu’il entend et ce qu’il aurait voulu entendre, les silences et violences d’une famille ordinairement brisée. Dans de très courts…
29.01.2026 07:43 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
La ville aux deux lumières, Géographie imaginaire Pierre Cassou-Noguès
Lumineuse phénoménologie, fantastique spéculation sur nos perceptions de l’intérieur et de l’extérieur, très riche réflexion philosophique par allégorie, récit et idemages : des images où, oniriques, s’inventent des imaginaires manières d’appréhender notre monde. Par les sidérantes illustrations de Gwenola Wagon, par leur rêveur décollement, par la manière dont la prose de Pierre Cassou-Noguès suscite d’interrogatifs flottements, d’intimes et ontologiques spéculations, La ville aux deux lumières captive par ses méditations sur la lumière, sur l’irréalité, la coexistence de l’intérieur et de l’extérieur, la valeur du langage et les façons dont il véhicule une géographie imaginaire qui nous outrepasse.
La ville aux deux lumières, Géographie imaginaire Pierre Cassou-Noguès
Lumineuse phénoménologie, fantastique spéculation sur nos perceptions de l’intérieur et de l’extérieur, très riche réflexion philosophique par allégorie, récit et idemages : des images où, oniriques, s’inventent des imaginaires…
28.01.2026 10:44 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Les somnambules Hermann Broch
Métaphysique de la solitude, romanesque spéculation sur l’effondrement d’une époque et sur l’irrationalité du comportement de ses personnages, qui, subtilement et burlesquement, en incarne trois états : le romantisme, l’anarchisme et le réalisme. Dans ce très grand roman, datant de 1931, Hermann Broch sonde les peurs, les valeurs, les transcendances, d’un moment de bascule (1888-1918) et surtout les mouvements de l’âme, les justifications, les relations et les errances de Pasenov, Bertand, Esch et Huguenau et toutes celles qui les entourent. Les somnambules est éclatant témoignage de cette ultime modernité littéraire qui, dans l’entre-deux guerres, en le faisant forme totale (ici poésie, théâtre et essai), pensait renouvelle ses mythes afin de concourir à cette intelligence du monde dont le premier signe reste la prescience des catastrophes qui s’annoncent. Éclairante lecture pour maintenant.
Les somnambules Hermann Broch
Métaphysique de la solitude, romanesque spéculation sur l’effondrement d’une époque et sur l’irrationalité du comportement de ses personnages, qui, subtilement et burlesquement, en incarne trois états : le romantisme, l’anarchisme et le réalisme. Dans ce très grand…
27.01.2026 09:16 — 👍 1 🔁 0 💬 0 📌 0
À quelques nuages près précédé d’Inauguration de l’ennui Guillaume Siaudeau
Une poétique de péripéties, des poèmes tout de sémantiques retournements de situations où flotte cette grave légèreté d’une amusée mélancolie. Brefs fragments où le sens se renverse, où par pirouette la tristesse s’échappe, autant de petits poèmes d’une observation amusée de notre ordinaire déraison. Dans une posture d’ironique moraliste, Guillaume Siaudeau fait parader la vanité du monde, les bribes d’une éclaircie, les sourires de la pluie, les instants où quelque chose passe, se préserve . Cette Inauguration de l’ennui collecte des chutes, des moments rattrapés par un décalage langagier où, légère, se laisse, sans contestation, entendre l’ironique absurdité de notre monde.
À quelques nuages près précédé d’Inauguration de l’ennui Guillaume Siaudeau
Une poétique de péripéties, des poèmes tout de sémantiques retournements de situations où flotte cette grave légèreté d’une amusée mélancolie. Brefs fragments où le sens se renverse, où par pirouette la tristesse…
26.01.2026 07:24 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
La fabrique du merveilleux Nétomon Noël Ndjékéry
Un joli conte sur le pouvoir et les manières imaginaires d’y résister. Avec une vraie gourmandise narrative, un communicatif plaisir de raconter, de tisser, telle une araignée, le passé de ses personnages — sa magie, ses méchancetés, ses enchantements — Nétonon Noël Ndjékéry, interroge la persistance des récits, la fragilité de leurs refuges et l’insuffisance du merveilleux sylvestre et onirique dans lequel nous plonge, pourtant, La fabrique du merveilleux. Dans un lieu inventé, archétypal, les mythes déploient leur fantaisie, la porosité entre le monde que l’on habite et celui que l’on habite, nous invitent à réfléchir à comment préserver un équilibre pour humainement conjurer la présence du mal.
La fabrique du merveilleux Nétomon Noël Ndjékéry
Un joli conte sur le pouvoir et les manières imaginaires d’y résister. Avec une vraie gourmandise narrative, un communicatif plaisir de raconter, de tisser, telle une araignée, le passé de ses personnages — sa magie, ses méchancetés, ses…
23.01.2026 05:00 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Works Vitaliano Trevisan
Une vie à travers les hasards professionnels, les réticences à se fondre dans ce modèle salarial – ses ambitions et places – qui façonne l’Italie. Désinvolte et inquiet, provocateur et ironique, désespéré et fantastiquement lucide, le narrateur promène son regard acéré sur la matérialité des différents emplois dont il contemple l’inanité, la douloureuse dérision de n’y pouvoir s’y sentir justifié. Avec un vrai phrasé, dans de belles provocations aussi, Vitaliano Trevisan interroge le travail, ce qu’il fait sur nos existences, nos géographies, nos aliénés perception du monde. Plus qu’une autobiographie en travailleur, plus qu’un portrait d’un pays soumis à la déprédation néo-libérale, plus que l’invention d’un écrivain, plus que la contestation de son propos en adjonction et notes de bas de page, Works est une inquiète tentative de comprendre le malaise contemporain en regard de l’injonction à gagner sa vie plutôt qu’à pleinement la vivre, l’écrire.
Works Vitaliano Trevisan
Une vie à travers les hasards professionnels, les réticences à se fondre dans ce modèle salarial – ses ambitions et places – qui façonne l’Italie. Désinvolte et inquiet, provocateur et ironique, désespéré et fantastiquement lucide, le narrateur promène son regard acéré sur…
22.01.2026 05:02 — 👍 1 🔁 0 💬 0 📌 0
La correspondante Virginia Evans
La vie qui passe dans les interstices des lettres envoyées, les souffrances qui subsistent chez celle qui veut ainsi mettre de l’ordre, trouver l’expression la plus impropre, la plus pudique, à la délicatesse des sentiments qu’elle tente, en dépit de son aveuglement, de continuer à porter sur le monde et ses correspondants. Dans ce premier roman sensible, sans sensiblerie, Virginia Evans déploie le portrait contrasté d’une vieille femme qui perd la vue, compose avec le deuil et la culpabilité de la mort d’un de ses fils, les rapports difficiles avec sa fille, le soutien à un gamin paumé, les lettres à des écrivains, à ses amis, à ses amours puis à sa famille retrouvée. Sous son plaidoyer pour la sincérité épistolaire — le masque qu’elle constitue et l’attention à l’autre qu’elle appelle – La correspondante déplie les secretset les douleurs d’une femme traversant le temps, à l’écoute.
La correspondante Virginia Evans
La vie qui passe dans les interstices des lettres envoyées, les souffrances qui subsistent chez celle qui veut ainsi mettre de l’ordre, trouver l’expression la plus impropre, la plus pudique, à la délicatesse des sentiments qu’elle tente, en dépit de son…
21.01.2026 05:00 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Le destin connu des bêtes de combats Laura Kind
Aux avant-postes de la première guerre mondiale, l’horreur à nu de la tauromachie, la description clinique de l’idiot sacrifice des bêtes et des hommes pour ce spectacle dramatique, dérisoire. Dans un récit très cru, d’une grande violence, Laura Kind met en parallèle la vision d’une bête — ses limites, la lente compréhension de la cruauté humaine qui la condamne à une mort certaine – et celle d’un homme qui se croit artiste de dramatiquement parachever une commune destruction.Au-delà de sa dénonciation implacable de la barbarie de la tauromachie, son écho à l’époque dont elle exprime les prémisses, Le destin connu des bêtes de combat sonde l’exact ressenti de la souffrance. Sa colère en dessine la dramaturgie, l’obscénité de cette fascination dont on ne peut rien ignorer de la matérielle corporalité, de sa finalité sacrificielle pour le moins douteuse.
Le destin connu des bêtes de combats Laura Kind
Aux avant-postes de la première guerre mondiale, l’horreur à nu de la tauromachie, la description clinique de l’idiot sacrifice des bêtes et des hommes pour ce spectacle dramatique, dérisoire. Dans un récit très cru, d’une grande violence, Laura Kind…
20.01.2026 05:00 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Bruits Anne Savelli
Les sourdes rumeurs d’une ville, les musiques de la vie et de ses fuites, les sons de ses arrêts, accidents, catastrophes et autres récits inventés pour se relier, se disjoindre, pour écouter quand même comment l’endroit où l’on vit nous parle. Minute après minute, Anne Savelli entrecroise les personnages et les identités, ce qu’ils entendent et ce qu’ils pressentent et parvient ainsi à faire entendre cette urbaine confusion, l’aliénation de sa temporalité autant que ses soudains échappements. Jouant admirablement sur la confusion des identités, des narratrices, voire des personnages, Bruits peint une géographie de nos surdités, de l’espoir également d’apprendre à décrypter, à différemment encoder, la fragile fugacité de ce que , invisible, nous y croisons.
Bruits Anne Savelli
Les sourdes rumeurs d’une ville, les musiques de la vie et de ses fuites, les sons de ses arrêts, accidents, catastrophes et autres récits inventés pour se relier, se disjoindre, pour écouter quand même comment l’endroit où l’on vit nous parle. Minute après minute, Anne Savelli…
16.01.2026 05:01 — 👍 0 🔁 1 💬 0 📌 0
Mitteleuropa, Les carnets secrets de Redo Vicente Luis Mora
La multiplication des morts, les strates du temps dans cette mémoire guerrière qui, par l’aspect fantastique et peu fiable de la narration, peint aussi prescience de la permanence des conflits dans cette Prusse romantique en formation. Par le destin travesti et dissimulateur de son narrateur, premier paysan libre, Vicente Luis Mora se penche habilement sur les dissensions d’une conscience européenne ; par les omissions et mensonge de ce Redo qui survit dans cette communauté villageoise et dans les méandres administratifs, Mitteleuropa, Les carnets secrets de Redo est un joli récit fantastique sur la mémoire et ses oblitérations temporelles.
Mitteleuropa, Les carnets secrets de Redo Vicente Luis Mora
La multiplication des morts, les strates du temps dans cette mémoire guerrière qui, par l’aspect fantastique et peu fiable de la narration, peint aussi prescience de la permanence des conflits dans cette Prusse romantique en formation.…
15.01.2026 05:01 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
L’enfant du vent des Féroé Aurélien Gautherie
La vie sur les îles Féroé en ses venteuses pertes : la mort d’une enfant, emporté par la maladie, confié aux flots, les déchirements d’un couple et les objets qui encore témoigne de ce que serait l’âme secrète de ce village, le témoignage du moins qu’un étranger peut en inventer. L’enfant du vent des Féroé est une curieuse idéalisation de la vie des pêcheurs au début du XIXe siècle qui pourtant parvient à transcrire la durée de la perte, l’effritement des souvenirs, l’appel des lointains de ce septentrional archipel. Par son insulaire inscription, par sa doucereuse mélancolie, le premier roman d’Aurélien Gautherie n’est pas privé de charmes.
L’enfant du vent des Féroé Aurélien Gautherie
La vie sur les îles Féroé en ses venteuses pertes : la mort d’une enfant, emporté par la maladie, confié aux flots, les déchirements d’un couple et les objets qui encore témoigne de ce que serait l’âme secrète de ce village, le témoignage du moins…
14.01.2026 05:00 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Tout le monde quelque part Corinne Lovera Vitali
Monologues qui s’entretissent pour des voix qui répètent leurs enfermements, l’acuité de leur réticence, leur présence soudain dans le ressassement, le refus, le rythme qui les emporte, les dépasse. Flux de pensées, flots de sonorités, résonance de ce qui nous relie, écho de ce qui nous sépare, mirages et souffrances de ce qui nous confond et qui, comme des hannetons ou des abeilles, essaiment les similitudes : les mères et les frères, le vieillissement et surtout la matière même de ce que serait, à nu, de se parler, trouver quelqu’un pour nous entendre. Corinne Lovera Vitali nous égare dans ce labyrinthe incertain, cet asile de doutes, cette prison de témoignage, ce cabinet de parole où le coq-à-l’âne, pour ne pas dire la libre-association, réfléchit les pouvoirs et impuissances du langage ; Tout le monde quelque chose charme alors par son utilisation même de cette langue sans cesse dans l’enroulement, dans l’outrepassement.
Tout le monde quelque part Corinne Lovera Vitali
Monologues qui s’entretissent pour des voix qui répètent leurs enfermements, l’acuité de leur réticence, leur présence soudain dans le ressassement, le refus, le rythme qui les emporte, les dépasse. Flux de pensées, flots de sonorités, résonance de…
13.01.2026 05:00 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Les jeux heureux de l’enfance Charlotte Gneuss
Les trahisons, les évasions pour dire l’adieu à l’enfance dans cette Allemagne de l’Est percluse dans la surveillance, le secret et l’oppression. Dans ce roman tendu, Charlotte Gneuss joue, ostensiblement, des silences pour mieux faire, douloureusement, résonner les non-dits et autres omissions de l’adolescence, de toute une époque dont, aujourd’hui, on entend les espoirs trahis, les amours bafouées, les idéologies trahies. Banlieue de Dresde dans les années 1970, Karin est abandonnée par l’homme qu’elle aime, interrogée sur les raisons de cette fuite, sur sa complicité éventuelle, sur ce qu’elle pourrait dénoncer, dans ce climat de mensonge généralisé, Les jeux heureux de l’enfance offre un portrait aveugle de la RDA.
Les jeux heureux de l’enfance Charlotte Gneuss
Les trahisons, les évasions pour dire l’adieu à l’enfance dans cette Allemagne de l’Est percluse dans la surveillance, le secret et l’oppression. Dans ce roman tendu, Charlotte Gneuss joue, ostensiblement, des silences pour mieux faire,…
12.01.2026 05:01 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Une île à l’envers Léa Arhemise
Les trésors qui nous chassent, les magies qui nous perdent ; les avers des îles que l’on s’invente et le revers de celle dans laquelle il faut bien vivre. Dans le flottement, la probable insignifiance aussi, du rêve, Léa Arthemise nous plonge dans les prolongements d’une chasse au trésor du pirate Olivier Levasseur dit la Buse, de l’historien qui en décrypte la proverbiale carte, de Jo qui à la pioche croit le trouver, de ses enfants qui tentent d’en conjurer l’héritage. À l’ombre de l’onirique, de la continuité un rien hasardeuse, Une île à l’envers conte les îlots d’enfance qui subsistent, leurs peurs évanescentes, les magies évanouies et, créoles, les mots qui les cernent.
Une île à l’envers Léa Arhemise
Les trésors qui nous chassent, les magies qui nous perdent ; les avers des îles que l’on s’invente et le revers de celle dans laquelle il faut bien vivre. Dans le flottement, la probable insignifiance aussi, du rêve, Léa Arthemise nous plonge dans les prolongements…
09.01.2026 05:04 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
La danse sur le volcan Marie Vieux-Chauvet
Haïti 1780, tragique comédie de la colonisation, de l’esclavage et de ses créolisations. Fille d’une esclave affranchie, Minette traverse cette révolutionnaire décennie dans le monde du théâtre, portée par sa belle voix et ses vengeresses volitions de succès, elle reflète les aspirations et contradictions d’une société haïtiennes particulièrement déchirée. Dans la nudité romanesque de la colère, dans la scrupuleuse exposition d’une domination stratifiée, dans les antagonismes amoureux, Marie Vieux-Chauvet dénonce l’évidence des horreurs incorporées quand, dans cette île où une femme de couleur ne peut devenir cantatrice, un soulèvement se produit. À l’écoute des lambis de la révolte dans les mornes, de la violente morgue des colons, des affranchis qui en reproduisent l’esclavage, La danse sur le volcan sonde la soufrière et les gouffres d’un pays sans possible apaisement.
La danse sur le volcan Marie Vieux-Chauvet
Haïti 1780, tragique comédie de la colonisation, de l’esclavage et de ses créolisations. Fille d’une esclave affranchie, Minette traverse cette révolutionnaire décennie dans le monde du théâtre, portée par sa belle voix et ses vengeresses volitions de…
08.01.2026 05:05 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Whalefall Daniel Kraus
Une plongée claustrophobe dans la culpabilité, les mauvais souvenirs paternels et, dans un rocambolesque enfermement dans l’estomac d’un cachalot, dans ce qui nous permet d’entendre où et ce que l’on est. Dans la pression de la dépressurisation, dans ce vertige évoqué dans le titre, dans cette acceptation de la noyade, dans la miséricorde de retrouver le squelette de son père, de croire ainsi se prouver être digne de lui, Whalefall se révèle un intéressant thriller dans sa tension psychologique et l’ambivalence ainsi révélée de nos rapports humains. On découvre ici l’écriture efficace de Daniel Kraus et ses habiles manière d’interroger la figure du clochard céleste, la ferveur et l’intransigeance de sa défense de l’environnement, l’égoïsme que l’ensemble révèle.
Whalefall Daniel Kraus
Une plongée claustrophobe dans la culpabilité, les mauvais souvenirs paternels et, dans un rocambolesque enfermement dans l’estomac d’un cachalot, dans ce qui nous permet d’entendre où et ce que l’on est. Dans la pression de la dépressurisation, dans ce vertige évoqué dans…
07.01.2026 07:53 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Soixante kilos de coups durs Hallgrímur Helgason
Suites des hilarantes mésaventures, entrée envieuse et aléatoire dans la modernité, de Segulfjörður, petit village de pêcheur littéralement transmué par la pêche aux harengs, le début de l’industrialisation et de l’immense débauche qui s’en suit et que Gestur traverse, aveugle et amoureux. Reprenant l’ampleur, le goût du livre, de la bonne histoire, de son retrait et procrastination, après Soixante kilos de soleil, Soixante kilos de coups durs poursuit, dans un sérieux amusement, l’invention de l’Islande, l’écoute de la misère de son passé, des communautés qu’elle crée et que le progrès vient interroger sans tout à fait les entamer. Dans une prose lyrique, provocante parfois et s’amusant toujours des débordements, Hallgrímur Helgason dit toute la vie dans ses désordres et dégueulasserie, la dure fragilité de notre survie dont le meilleur passe, malgré tout, dans les récits, dans les livres.
Soixante kilos de coups durs Hallgrímur Helgason
Suites des hilarantes mésaventures, entrée envieuse et aléatoire dans la modernité, de Segulfjörður, petit village de pêcheur littéralement transmué par la pêche aux harengs, le début de l’industrialisation et de l’immense débauche qui s’en suit et…
05.01.2026 05:03 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
Tentative de lutte contre le quadrillage du monde Thomas Pourchayre
Des passages, enfermements, ouvertures, échappées pour suggèrer ce que recèlent et révèlent une porte ; des cases et des cadres à inventer pour s’y soustraire, pour en écouter, dans de brèves histoires la révélatrice absurdité. Toujours en décalage, pas seulement par les glissements métaphoriques, par également une écriture d’une rieuse finesse, Tentative de lutte contre l’infini quadrillage du monde spécule sur les issues et prisons que marque notre besoin de porte, de nous inscrire dans une case pour mieux croire y échapper, à penser passer sous le radar pour s’illusionner différemment se situer. Avec un gourmand amusement, un empathique sourire, Thomas Pourchayre pourchasse les brèches et effondrements et leurs soumissions, leurs transitoires échappatoires qui peut-être ne sont que pirouettes, comique chute de ces brefs fragments.
Tentative de lutte contre le quadrillage du monde Thomas Pourchayre
Des passages, enfermements, ouvertures, échappées pour suggèrer ce que recèlent et révèlent une porte ; des cases et des cadres à inventer pour s’y soustraire, pour en écouter, dans de brèves histoires la révélatrice absurdité.…
19.12.2025 07:53 — 👍 2 🔁 1 💬 0 📌 0
Belles de sang Inga Gaile
L’horreur meurtrie, abusée et violée, de la condition féminine lettone depuis la seconde guerre mondiale, les déportations soviétiques jusqu’à l’insidieuse domination patriarcale contemporaine. On est d’abord extrêmement mal à l’aise par cette nouvelle exploration du bordel de Buchenwald avant que d’entendre un intéressant travail sur les voix qui s’entremêle dans ce récit qui aussi tente d’écouter les silences de l’Histoire, les manipulations d’une coupable recomposition familiale. Après l’éprouvant épisode concentrationnaire, Belles de sang dévide la poursuite d’une autre folie, d’une survie saisie dans les ellipses de celles qui, ensemble, qui s’y essaient. Au-delà de cette accumulation d’atrocité, Inga Gaille dépeint la taiseuse obstination de ces générations de femmes, de ce passé dont on hérite.
Belles de sang Inga Gaile
L’horreur meurtrie, abusée et violée, de la condition féminine lettone depuis la seconde guerre mondiale, les déportations soviétiques jusqu’à l’insidieuse domination patriarcale contemporaine. On est d’abord extrêmement mal à l’aise par cette nouvelle exploration du…
18.12.2025 07:22 — 👍 0 🔁 0 💬 0 📌 0
L’amour ne rend pas la monnaie Christophe Esnault
L’ironie de l’amour dans de petites proses désenchantées, drôlatiques, où tout le dérisoire de nos désirs, de nos débilités et autres risibles souffrances se heurtent et se déplient dans le goguenard regard de Christophe Esnault. L’amour ne rend pas la monnaie fragment d’un désespéré, suicidaire mais sans cynisme, offre une suite de petites histoires où, par leur atmosphère et chute, s’écoute et s’éprouve un joli écart à l’intimation au bonheur, au bien-être et autres tièdes réductions du désir dont ici, derrière le comique, se préserve le ténu espoir.
L’amour ne rend pas la monnaie Christophe Esnault
L’ironie de l’amour dans de petites proses désenchantées, drôlatiques, où tout le dérisoire de nos désirs, de nos débilités et autres risibles souffrances se heurtent et se déplient dans le goguenard regard de Christophe Esnault. L’amour ne rend…
17.12.2025 10:11 — 👍 1 🔁 0 💬 0 📌 0
Paradiso José Lezama Lima
Orphique imploration paradisiaque dans d’incessantes, littéralement baroques, comparaisons cosmogoniques, dans de platoniciens dialogues sur la primordiale unité androgyne, sur l’Éros, sur le rêve, l’homosexualité et surtout les manières dont, dans l’ombre et dans la poésie, en écho avec les morts et les difficultés respiratoires, se constitue le commun d’une appréhension personnelle, d’une mémoire créole. Chef-d’œuvre de la littérature cubaine, du creuset de toutes les traditions qu’elle amalgame, Paradiso, saturé de références mythiques, de métaphores philosophiques, offre un impressionnant, déroutant parfois, carnaval d’images, de souvenirs, de spéculations. On est tour à tour étourdi et captivé, on y écoute la multiplicité de la constitution d’un Soi, ses vertiges et ses craintes et tout ce que nos récits collectifs ne cessent de leur opposer. Dans une prose magnifique, dans une érudition folle, dans une démesure à l’aune du monde, José Lizama Lima restitue les rets du réel par les montées révolutionnaires cubaines, par son outrepassement fantasmatique et son perpétuel déplacement de sens.
Paradiso José Lezama Lima
Orphique imploration paradisiaque dans d’incessantes, littéralement baroques, comparaisons cosmogoniques, dans de platoniciens dialogues sur la primordiale unité androgyne, sur l’Éros, sur le rêve, l’homosexualité et surtout les manières dont, dans l’ombre et dans la…
16.12.2025 08:32 — 👍 0 🔁 1 💬 0 📌 0
Founder of The Untranslated, a blog about significant literary works not yet translated into English
https://theuntranslated.wordpress.com/
Sciences sociales (sans Ciel), Précaire du pré carré, PhDoux, Habilité à Déblatérer Régulièrement, ami de la philosophie de John Dewey, allergique à l'absolutisme, rédacteur en chef de la revue ThéoRèmes, vice-président de l’association Pragmata.
Terre est ma mère
je lui dois
toute ma poésie
«le réel est là et a toujours été là, la où les hommes s’entretuent apparemment à son propos quoique en fait hors de tout propos, puisque la réalité à laquelle ils participent leur demeure invisible. » Cl. Rosset
Site perso: tempscontraires.com
Godardien poète bruyant prof cinéphile folkeux Galiléen rationnel tapin² BoXoN
chercheuse, fouilleuse, liseuse, curieuse parfois écriveuse, un peu enseignante, toujours apprenante, en littérature et autres, mixeuse de langues
https://stephanevanderhaeghe.net
Dear Incomprehension, U. of Alabama Press, 2024
P.R.O.T.O.C.O.L., Quidam, 2022
À tous les airs, Quidam, 2017
Charøgnards, Quidam, 2015
Robert Coover & the Generosity of the Page, Dalkey Archive Press, 2013
Prés. TheConversation.fr & @capsciences.bsky.social
Ex serial red chef ( Le Monde Libé Metro La Tribune, etc) Écrit des livres à Paris et en Gironde
Du côté obscur du ciel bleu : https://mamot.fr/@cestabrupt
Fabrique d’antilivres
https://abrupt.cc/www
Revue papier et numérique de création littéraire...
https://revuerestes.wordpress.com/
Enseignante-chercheuse
Rouen
Littérature & art contemporain
Poésie & performance
Poésie dans et hors du livre
poesieexp.hypotheses.org
https://mastodon.art/@gaelletheval
#poesiereadymade #litteraturesauvage #littenum #videopoetry #performanceart
Auteur, expert de rien, mais qui expérimente beaucoup avec les IA en ce moment. tcrouzet.com
Autrice. Anna partout, Ed Scribes.
Ailleurs : @chloepiaille, @chloe.ronsinlemat
Une maison d'édition qui aime la littérature mordante
http://www.ladernieregoutte.fr/